EPREUVES MARQUANTES

    Tout comme en 1920 à Anvers, l'Allemagne ne sera pas représentée à Paris. Le gouvernement français invoque qu'il n'est pas certain de pouvoir assurer la sécurité de la délégation germanique. Coubertin, une fois encore, s'est ému de cette hostilité envers l'Allemagne ; mais il se bat sur tant de fronts pour que les Jeux Olympiques ne soient pas un échec, qu'il ne parvient pas à imposer son point de vue.
    C'est en 1921 que le Comité Olympique Français a obtenu l'organisation des Jeux de 1924 à Paris, grâce à l'insistance passionnée de Coubertin.

    Les Jeux de Paris sont un succès sportif. 3075 participants, représentant 44 pays, prennent part à ces Jeux ; 1000 journalistes suivent de près cet événement.
    Un hommage solennel est rendu à Coubertin le 23 juin 1924, à l'occasion du 30ème anniversaire de la rénovation des Jeux.
    Coubertin dira bientôt :
    "J'ai fait mon oeuvre"en confirmant son intention de se retirer.

    La cérémonie d'ouverture a lieu le 5 juillet en présence de Paul Doumergue, nouveau président de la République. Il est entouré d'un parterre de têtes couronnées, de princes et de personnalités du monde politique.

    "Au moment précis où les 45 drapeaux se sont inclinés autour du serment olympique, prêté par Géo André, j'ai eu l'impression d'une authentique grandeur."dira Pierre de Coubertin.
    Mais cet esprit chevaleresque des Jeux Olympiques n'est pas partagé par le public. En effet, Coubertin devra condamner sévèrement l'attitude du public français lorsqu'ils conspuent les Américains lors de la finale du tournoi de rugby. Les Jeux sombrent dans le chauvinisme et la violence.




RUGBY



    C'est le 18 mai qu'a lieu la finale de rugby. 40 000 spectateurs sont venus assister à l'exécution capitale de l'équipe américaine de rugby, composée en fait de joueurs de football américain. Le 15 français compte en ses rangs des joueurs prestigieux. L'équipe de France a écrasé, 61-3, la Roumanie, troisième équipe engagée dans ce tournoi olympique.
    Mais le public français ignore que les Américains suivent depuis un mois une intense préparation collective. Ils ont eux aussi surclassé les Roumains, 37-0.
    Les Français, quant à eux, sortent d'une longue et pénible saison et, de plus, ont pris quelque liberté avec l'entraînement.

    Aveuglée par sa passion partisane, la populace ne comprend pas que ses joueurs soient submergés, et que les essais soient aplatis dans leur camp.
    Le score sans appel de, 17-3, s'explique par la supériorité de la mêlée américaine, par la supériorité de ses sauteurs en touche qui monopolisent les ballons et lancent leurs arrières, plus rapides et plus percutants que les Français.

    Des forcenés cherchent alors à pénétrer sur le terrain, à lacérer le drapeau américain et à frapper les joueurs. De plus, quand ils rentrent aux vestiaires, ils ont la mauvaise surprise de constater qu'on leur a dérobé tout leur argent.

    Les Jeux de Paris seront-ils donc ceux des incidents ?
    Tout porte à le croire quand éclate, le 30 juin, le scandale de l'escrime.




ESCRIME



    Lucien Gaudin, âgé de 38 ans, emmène l'équipe de France de fleuret. Avec un tel champion comment l'équipe de France pourrait-elle être battue ?
    La poule finale réunit la France, la Belgique, la Hongrie et l'Italie. La France domine ses rivales et mène 3-1 devant les Italiens quand survient l'incident Gaudin-Boni.
    2 des 5 juges qui se prononcent pour la victoire de Gaudin sont bien connus des salles d'armes parisiennes. Les Italiens, qui les accusent de partialité, protestent sans retenue, puis abandonnent la compétition alors qu'ils sont menés 4-1.

    Les Italiens ne rentrent pas non plus en lice le 1er juillet pour le tournoi individuel de fleuret.
    Les Français pensent assister au triomphe de Gaudin, mais il semblerait qu'une malédiction olympique s'acharne sur celui que l'on considère comme le plus grand escrimeur du siècle.
    En 1905, à 19 ans, il était champion du monde. Pourtant, en 1908, il n'est pas retenu pour les Jeux de Londres où triomphe son compatriote Alibert.
    En 1912, Gaudin est au sommet de sa forme aussi bien au fleuret qu'à l'épée. Mais les Français, pour une question de principe, renoncent au déplacement à Stockholm.
    En 1916, la guerre empêche une nouvelle fois Gaudin de participer aux Jeux Olympiques.
    En 1920, il est blessé par un Américain à Anvers.
    1924, il est encore là, mais fragile désormais et d'une émotivité presque maladive.
    24 heures après la victoire française dans le tournoi par équipe, au cours duquel il a remporté 22 victoires sur 22 matchs avec 110 touches données contre 21 reçues, Gaudin doit se retirer de la compétition pour une douloureuse névrite qui paralyse sa main gauche.

    Gaudin absent, les espoirs français reposent sur un autre ancien, Roger Ducret, héros malheureux des Jeux d'Anvers, qui cette fois ne laisse pas passer sa chance.
    Le titre se joue entre Ducret et Cattiau, non sans suspense d'ailleurs.
    C'est Cattiau qui touche en premier. Mais Ducret ne craque pas. Audacieux jusqu'à l'extrême, Ducret finit par prendre le dessus sur Cattiau, moins fulgurant. Il devient un héros national en remportant au total 3 médailles d'or et 2 d'argent.
    Deux médailles d'or pour la France en escrime, mais ce n'est pas fini.

    Gaudin est revenu pour le tournoi par équipe à l'épée, mais il a la mine défaite. Les Italiens eux aussi sont de retour pour tenter de prendre leur revanche sur les Français.
    Les deux pays se retrouvent à égalité : 8-8. On a recours au nombre de touches et les épéistes français deviennent champions olympiques par 21 touches à 20. Les Italiens n'en croient pas leurs yeux.

    Une fois de plus, Gaudin, victime d'un nouveau malaise, ne peut pas participer au tournoi individuel.
    Il cède sa place à Armand Massard, champion olympique sortant. Mais c'est le Belge Charles Delporte, pourtant dominé par Ducret, mais victorieux dans tous ses autres matchs, qui l'emporte.

    Douze jours de compétition n'ont pas entamé l'incroyable résistance de Ducret qui dispute encore le tournoi de sabre.
    Face aux Hongrois, grands spécialistes, il réalise des prodiges. Mais le jury, qui a un nouveau différend avec les Italiens, décide d'annuler tous les matchs qui ont déjà été disputés. La compétition reprendra le lendemain.
    Ducret accuse le coup. Il repart pourtant de plus belle quand une défaite face à un sabreur de second plan le met à égalité de victoires avec les Hongrois Sandor Posta et Janos Garai. Selon le règlement Ducret est champion olympique au nombre de touches. Mais le jury préfère organiser un barrage. Epuisé, Ducret s'incline devant Posta.




BOXE



    Dans la catégorie des moyens, le Britannique Harry Mallin enlève le titre. En quart de finale, il a pourtant été battu par le Français Brousse ; mais ce dernier a été disqualifié pour avoir mordu son rival à l'épaule.

    Dans les poids plumes, deux Américains parviennent en finale. Jackie Fields et Joseph Salas se livrent à un combat sauvage dont Fields sort vainqueur.




TENNIS



    Henri Cochet s'incline en 5 sets devant l'Américain Vincent Richards.

    Mademoiselle Julie Vlasto ne peut pas faire oublier Suzanne Lenglen. Elle s'incline face à Helen Wills.




LUTTE GRECO-ROMAINE



    Henri Deglane, un sapeur-pompier de 22 ans, rencontre au deuxième tour le Suédois Johansson, âgé de 40 ans.
    Johansson avait été vainqueur en 1912 dans la catégorie des moyens.
    En 1920, il avait remporté le titre en mi-lourds.
    En 1924, le Scandinave espère une troisième médaille dans les lourds cette fois. Après 20 minutes d'un combat angoissant, Johansson est déclaré vainqueur. Mais les Français déposent une réclamation pour lutte incorrecte du Suédois. La décision est cassée ; une reprise supplémentaire de 6 minutes est décidée, au terme de laquelle Deglane prend l'avantage à la grande fureur de Johansson qui refuse de quitter le ring.
    Deglane sur sa lancée remporte ses 6 combats suivants. Le dernier match l'oppose au Finlandais Rosenquist que Deglane domine. Deglane aura dû lutter 2h12' et disputer 13 matchs en 3 jours pour devenir champion olympique.




TIR



    Le plus méconnu des champions olympiques français de 1924 s'appelle Pierre Coquelin de Lisle. Il revient de Paris auréolé de sa médaille d'or conquise de haute lutte à la carabine à 50 m.
    Le record du monde, qui était de 393 points, au début de la compétition, est tout d'abord porté à 395 points. L'Américain Dinwiddie qui précède le Français sur la liste des tireurs réussit un score de 396 points.
    Sans grande illusion, le Français tente sa chance et marque 398 points.




NATATION



    L'équipe de water-polo française bat en finale la Belgique.

    Mais ces Jeux Olympiques de 1924 voient se lever une étoile de la natation, le futur Tarzan d'Hollywood, Johnny Weismuller.
    Il entre dans l'histoire en remportant 3 médaille d'or sur 100 m, 400 m et dans le relais 4x200 m.
    Johnny Weismuller n'est encore qu'un jeune homme timide de 19 ans. Deux ans plus tôt, il a été le premier nageur de l'histoire a descendre sous la minute au 100 m.
    Weismuller est venu à Paris en conquérant. Il gagne d'abord le 400 m où il est opposé à l'Australien Andrew "Boy" Charlton et au Suédois Arne Borg. Weissmuller l'emporte sans forcer en 5'4"2.

    Andrew Charlton, quant à lui, a déjà remporté le 1500 m en pulvérisant de plus d'une minute, le record du monde de la distance. Il a nagé son 1500 m en 20'6"6.

    La victoire de Weissmuller sur 100 m est encore plus nette. Il l'emporte en 59" devant l'éternel Duke Kahanamoku (1'1"4) qui, douze ans après sa victoire à Stockholm, ajoute une médaille d'argent à son prodigieux palmarès. Son frère Sam l'accompagne sur le podium pour y recevoir la médaille de bronze.

    En dos, Warren Kealoha est toujours le meilleur lui aussi.

    En brasse, Robert Skelton complète le "trust" américain.

    En natation féminine, Martha Norelius, une New-Yorkaise de 15 ans gagne le 400 m en 6'2"2.

    Ethel Lackie remporte le 100 m en 1'12"4.

    Sybil Bauer s'attribue le 100 m dos en 1'23"2.

    Seule la Britannique Lucy Morton, gagnante du 200 m brasse en 2'33"2, empêche les Américaines de remporter toutes les médailles d'or.
    L'Américaine Agnes Geragthy avait pourtant pris la tête de la course, mais Lucy Morton accéléra en seconde partie de course, dépassa l'Américaine en remporta l'or en établissant un nouveau record olympique.




CYCLISME



    En cyclisme, les Français font razzia de médailles d'or.
    Sur la piste, Lucien Michard, en vitesse, surclasse le Hollandais Meijer.

    En tandem, Cugnot et Choury devancent les Danois.

    Sur route, Armand Blanchonnet s'impose avec près de 10 minutes d'avance sur le Belge Henri Hoevenars.

    Wambst, Leducq et Hamel complètent le succès français par un titre par équipe.




GYMNASTIQUE



    A ces Jeux de Paris, Albert Seguin, Gangloff et Gounot rafflent les trois médailles du saut de cheval en largeur (épreuve supprimée).

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