EPREUVES MARQUANTES

    C'est en 1918 que le CIO donne le Jeux Olympiques à Anvers.

    Mais ces VIème Jeux Olympiques, qui auraient dû être les VIIème, si la première guerre mondiale n'avait pas eu lieu (voir affiche officielle ci-dessus), ne pourront pas être tout à fait ceux de la réconciliation comme l'aurait pourtant souhaité le baron de Coubertin. L'Allemagne et l'Autriche ont été écratées, afin que leur présence ne réveille pas les rancunes accumulées.
    Pierre de Coubertin se bat pour que ces Jeux ne soient pas réservées aux seules nations alliées et neutres. Il sera accusé de manquer de patriotisme, alors qu'il avait été cité à l'ordre de la nation.
    La Russie, elle non plus, n'est pas à Anvers ; en proie à la guerre civile.
    Pour Coubertin, les Jeux d'Anvers sont comme une seconde renaissance de l'Olympisme.

entrée de la délégation belge

    En ce 14 août 1920, en présence du roi Albert 1er, le cérémonial olympique tel que l'a imaginé Pierre de Coubertin se déroule presque entièrement. Pour la première fois, le drapeau olympique est hissé ; pour la première fois aussi, est prononcé (par l'escrimeur belge Victor Boin) le serment olympique :
    "Nous jurons que nous nous présentons aux Jeux Olympiques en concurrents loyaux, respectueux des règlements qui les régissent et désireux d'y participer dans un esprit chevaleresque pour l'honneur de nos pays et la gloire du sport."

Victor Boin prononçant le serment olympique

    La France est bien représentée à ces compétitions dont elle ramènera 8 médailles d'or.




ATHLETISME



    En cette journée du 17 août, les Français croient revivre le 5000 m de Jeux de Stockholm.
    Face à face, se dressent à nouveau un Français et une Finlandais, dont le duel aura l'intensité, sinon la qualité de celui de 1912.

    Le Français, c'est Joseph Guillemot, âgé de 20 ans, découvert par un officier de l'armée en 1918. Pendant la guerre, Guillemot avait fini premier du cross de sa compagnie. En quelques mois d'entraînement, Guillemot devient une des grandes vedettes de l'athlétisme français grâce à des qualités physiques exceptionnelles.
    Guillemot demeurera, en France, le maître incontesté du demi-fond pendant plus d'un demi-siècle.

    Le Finlandais, c'est Paavo Nurmi, 23 ans, encore peu connu bien qu'il ait déjà acquis chez lui une réputation d'invincibilité.
    En 1907, alors qu'il était âgé de 10 ans, il avait couvert un 1500 m en 5'2".
    En 1918, avec son équipement complet de soldat, il avait couvert 15 km en exactement 59'24".
    En Finlande, Nurmi est déjà entouré d'une "aura" de prestige qui ira sans cesse grandissant.

    En ce jour de finale du 5000 m, le roi Albert 1er n'a pas caché qu'il espérait voir triompher un Français "car ce serait aussi une victoire pour la Belgique."

    Après 1200 m de course, Nurmi s'est porté en tête du peloton qui comporte 12 athlètes. Sa foulée un peu mécanique masque l'effort ; son visage impassible ajoute encore à cette impression, alors que derrière lui, les autres souffrent, sauf le Français.
    Vers 2500 m, Guillemot se retourne et constate que les Anglais Blewitt et Seagrave, le Finlandais Koskiennemi et le Suédois Backmann sont déjà loin, irrémédiablement battus.
    Guillemot se rapproche du Finlandais comme pour lui faire comprendre qu'il tient bon et qu'il n'a pas l'intention de lâcher prise. Nurmi n'a pas un regard pour son rival.
    Dans le dernier tour, il prend 5 m au Français qui revient facilement. Nurmi attaque encore.
    Le roi des Belges s'est levé, ému par l'intensité de la lutte.
    Guillemot a encore concédé 3 m, mais il a comblé ce retard à 250 m du but.
    A 20 m de l'ultime virage, il est à nouveau sur les talons du Finlandais, qui, cette fois, ne peut plus accélérer.
    A 180 m de l'arrivée, Guillemot change de rythme et prend 10 m au Finlandais. Nurmi, à peine remis de sa surprise, renonce à l'ultime poursuite. Guillemot s'envole vers le titre olympique.

    Par deux fois encore Nurmi et Guillemot se retrouvent face à face. La première fois sur 10 000 m et une seconde fois sur 8000 m cross-country.

    Les deux hommes se retrouvent donc en finale du 10 000 m. Le départ de la course est avancé d'une heure et Guillemot est encore à table lorsqu'on vient le prévenir.

    Dès le début, c'est l'Anglais Wilson qui prend l'initiative des opérations. Par deux fois Nurmi, en difficulté, est lâché de 25 à 30 m ; mais à chaque fois, il recolle au groupe de tête.
    Dans le dernier tour, Guillemot et Nurmi sont à nouveau seuls, comme dans le 5000 m. Mais cette fois, Nurmi est sur ses gardes. Il pousse Guillemot à la faute ; ce dernier démarre d'un peu trop loin. Nurmi ne se laisse pas surprendre et réagit presque instantanément. Froidement, il dépasse le Français dans la ligne droite et remporte le 10 000 m.

    La "belle" se jouera donc le 22 août sur 8000 m cross-country.

    Guillemot s'accroche à Nurmi, mais à 3 km du but, il heurte une souche d'arbre, chute lourdement et se fait une entorse.

Avec Nurmi, la formation finlandaise remporte ainsi une nouvelle médaille d'or. Les Finlandais sont d'ailleurs la grande surprise de ses Jeux de 1920. Ils s'attribuent 15 médailles d'or au total dont 9 en athlétisme, soit autant que les Etats-Unis. Paavo Nurmi remporte à lui seul 3 médailles d'or et 1 d'argent.

    Les Finlandais obtiennent grâce à Ville Porhola et Elmer Niklander un inattendu doublé au poids.

    Ils confirment au disque avec le doublé Elmer Niklander et Armas Taipale.

    Au javelot, le triomphe des Finlandais est total : leurs 4 lanceurs prennent les 4 premières places. Jonni Myyrae remporte le titre avec 65,78 m ; il précède Urho Peltonen, Pekka Johansson et Juho Saaristo.

    Ero Lehtonen remporte le pentathlon.

    Viho Tuulos est sacré au triple saut.

    Finalement, le vétéran Hannes Kolehmainen, au marathon complète la moisson des médailles d'or des Nordiques.

    "C'est à la Finlande que va l'admiration générale.", écrira Coubertin.

    Les Américains, quant à eux, connaissent bien des malheurs. Le 110 m haies leur échappe ; c'est le Canadien Earl Thomson qui s'impose. Il établit un nouveau record du monde en 14"8.

    La longueur revient au Suédois William Petterson.

    Le 3 km et le 10 km marche sont remportés par Ugo Frigerio qui offre les premières médailles d'or olympique de l'histoire de l'Italie. Dans le 3 km marche, il bat d'ailleurs le record olympique. Frigerio était considéré comme le marcheur ayant le style le plus parfait de son époque.

    Le décathlon revient au Norvégien Helge Loevland.

    Lors du 4x400 m un accrochage entre le premier relayeur Américain, Schiller, et le Suédois Krakstroem ampute les chances de ces deux pays et permet à la Grande-Bretagne de l'emporter.

    Le 400 m est enlevé par le Sud-Africain Bevil Rudd. Il devient d'ailleurs la star de l'équipe Sud-Africaine en remportant une médaille d'argent dans le relais 4x400 m et une médaille de bronze sur 800 m.

    Il ne reste plus dès lors aux Américains que de maigres consolations d'autant qu'en demi-fond l'Angleterre brille grâce à Albert Hill, vainqueur à 31 ans du 800 m et du 1500 m.

    Les Etats-Unis, bon gré, mal gré, se contentent de quelques miettes.

    Ainsi sur 100 m s'illustre celui qu'on a surnommé "l'homme volant", Charles Paddock, âgé tout juste de 20 ans et qui, l'année précédente, a déjà fait sensation par la manière toute particulière qu'il a de terminer ses courses. Il finit, en effet, ses courses en effectuant un bond de près de 4 m pour franchir la ligne d'arrivée. Paddock est donc sacré champion olympique du 100 m devant Kirksey.

    Allen Woodring, un autre Américain, remporte le 200 m en portant des chaussures empruntées. Paddock, qui termine second, affirme avoir déclenché son saut final trop tardivement.

    Frank Foss, autre Américain, s'impose à la perche en battant le record du monde avec un saut à
4,09 m.



    Au poids à poignée de 25 kg, Matt McGrath, à 44 ans, donne la leçon à son cadet de 7 ans, Pat Ryan.

    Un Français manque de peu de s'imposer sur 400 m haies où Frank Loomis bat en 54", le record du monde. Géo André, qui avait terminé 2ème du saut en hauteur en 1908 à Londres, mène en effet, l'épreuve pendant 300 m avant de se faire passer par trois Américains dans la ligne droite.


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