Le rêve devient réalité, en ce 17 Octobre 1986, à Lausanne. Les rumeurs les plus folles courent depuis que la session plénière du CIO s'est réunie au palis Beaulieu pour prendre connaissance des ultimes rapports des six villes candidates à l'organisation des Jeux de la XXVème Olympiade en 1992.
    Barcelone aura les Jeux.
    Le rideau se lève sur une épopée qui va durer 6 ans. Le leitmotiv qui s'inscrit sur les affiches donne le signal d'une mobilisation générale : "Barcelone, fais-toi belle."
    S'ouvre alors un énorme chantier qui met Barcelone sens dessus dessous. Le budget de fonctionnement des Jeux est raisonnable : il est de l'ordre de 7 milliards de francs (environ un milliard d'euros). Les dépenses seront couvertes par les droits de télévision, qui atteidront 650 millions de dollars, par le sponsoring, par les recettes propres au Comité d'organisation, sont les billets d'entrée. Mais il faut que l'Etat s'en mêle ainsi que la Generalidad de Catalogne. Au total, c'est environ 45 milliards de francs (environ 7 milliards d'euros) qu'on investira pour que Barcelone et la région soient dignes de la mission olympique qui leur a été confiée.

    Pasqual Maragalle (le maire de Barcelone), assisté de Josep Abad, connaît maintes difficultés ; les retards semblent s'accumuler. Le président Samaranch s'inquiète parfois.

    Tout est prêt à temps, alors que le monde connaît une série de révolutions inattendues, qui vont faire des Jeux de Barcelone ceux d'un nouvel ordre planétaire.
    On craint un moment que la guerre du Golfe ait des conséquences sur la tenue des Jeux. En même temps, les attentats reprennent leur cours sinistre en Espagne.
    Mais l'horizon s'éclaire à nouveau au printemps 1991. Barcelone a continué de travailler, sans bruit. Déjà le stade rénové de Montjuich a été inauguré à l'occasion de la Coupe du Monde d'athlétisme en 1989.
    Les installations portuaires ont été complètement remodelées ; Barcelone s'est ouverte sur la mer et le Village olympique surplonbe une longue plage créée de toutes pièces.

    A quelques mois des Jeux, l'inquiétude de certains dirigeants n'est pas feinte lorque la Yougoslavie éclate et que l'U.R.S.S. se morcèle en républiques indépendantes.
    Le CIO s'efforce de maintenir le cap. Le président Samaranch a déjà pris des initiatives spectaculaires qui bouleversent l'horizon olympique. Il veut que ces Jeux, ceux de son pays, soient ceux de l'universalité retrouvée, sans compromis. Il négocie ansi avec le président De Klerk et Nelson Mandela le retour de l'Afrique du Sud, absente des Jeux Olympiques depuis 1964.
    Les autres pays d'Afrique, après de longues enquêtes, approuvent la réintégration de la République sud-africaine.
    Dans le même temps, les pays baltes, qui ont fait sécession et se sont détachés de l'U.R.S.S., reviennent au CIO dont ils avaient été indûment écartés en 1940 lors de leur annexion par les Soviets. L'indépendance de la Lithuanie, de l'Estonie et de la Lettonie empruntera les voies du sport, tout comme la Slovénie et la Croatie, qui ont coupé le cordon ombilical avec le pouvoir central de Belgrade.

    Samaranch, qui se veut le "continuateur" de la penséede Coubertin, malgré une profonde volonté de prise en compte des réalités économiques de notre époque, réaffirme que les Jeux Olympiques demeurent un phénomène unique dans l'histoire de notre civilisation.
    Par une fabuleuse accélération de l'Histoire, les Jeux de Barcelone vont réussir plusieurs tours de force : non seulement, il intègrent toutes les nations qui ont conquis leur indépendance et ont déjà été reconnues par la communauté internationale, mais encore ils vont permettre à ceux qui se battent en Bosnie-Herzégovine d'être présents.
    Malgré l'embargo qui frappe l'ancienne Yougoslavie, réduite aux limites de la Serbie et du Monténégro, il déploie une incessante activité diplomatique auprès de l'ONU, du gouvernement espagnol, et des autres membres de la Communauté européenne, afin de faire admettre que la guerre ne peusse empêcher le libre engagement sportif de personnes. Le mouvement olympique obtient une de ses plus belles victoires en amenant l'ONU à voter une résolution qui autorise Serbes et Croates à concourir sous l'égide du CIO, en maillot blanc, tandis que la Bosnie-Herzégovine est présente sous ses propres couleurs, alors qu'on se tue à Sarajevo.
    Cet état de l'union olympique ne serait pas complet si l'on ne saluait pas Cuba, qui reprend sa place sous le regard de Fidel Castro après une autopunition de 12 années, tout comme les générations stupidement sacrifiées depuis 1980 d'Ethiopie et de Corée du Nord.

    172 équipes sont à pied d'oeuvre quand s'ouvrent les Jeux de la XXVème Olympiade, sous la présidence de Juan Carlos, roi d'Espagne, et en présence de 30 chefs d'Etat ou de gouvernement.



    Plus de 10 000 concurrents participent aux Jeux, ce qui bat largement le record de Séoul. Il faudra près d'1h30 pour que le défilé des athlètes se déroule dans un stade protégé par des milliers de policiers.



    Le plus beau moment d'une cérémonie controversée, qui laisse une large place au folklore, est incontestablement la participation des plus belles voix espagnoles de notre époque : Tereza Berganza, Montserrat-Caballe, Placido Domingo, José Carreras, Alfredo Kraus interprêtent quelques-uns des plus eaux airs d'opéra.




Pyramide humaine lors de la cérémonie d'ouverture.

La cérémonie d'ouverture laisse une large place au folklore espagnol.

Des personnages colorés représentent les 5 continents.

La flamme est lancée à l'aide d'un arc et d'une flèche.


    Culture et géopolitique s'associent ainsi pour montrer que l'Europe est au centre des Jeux : le drapeau de la Communauté avec ses 12 étoiles d'or sur fond bleu est hissé à l'un des mâts du stade. En concevant le drapeau olympique, Coubertin avait voulu que chacun des 5 anneaux représente un continent. Il avait choisi le bleu pour l'Europe. L'Europe a confirmé ce choix.

RETOUR JEUX OLYMPIQUES D'ETE EPREUVES MARQUANTES ATHLETISME

IMAGES DES JEUX OLYMPIQUES DE BARCELONE