Quand s'ouvrent à Berlin, le 1er Août 1936, les Xème Jeux Olympiques, nous sommes à 15 mois de l'Anschluss, à un peu plus de 2 ans de l'affaire des Sudètes et de l'annexion de la Tchécoslovaquie et à 3 ans du conflit continental.
    On aura cependant l'impression que la paix est sauvée en cet été 1936 au cours duquel Hitler fait patte de velours. En effet, il maintient à la tête du Comité Olympique allemand le secrétaire d'Etat Théodore Lewald, dont le père est pourtant d'origine israélite. Il laisse également sélectionner la célèbre fleurettiste Helena Mayer, championne olympique en 1928 à Amsterdam et qui, après s'être exilée aux Etats-Unis, revient à Berlin pour participer aux Jeux.
    La paix préservée par l'Olympisme ? Trop beau hélas pour être vrai. Coubertin, lui-même n'y croit pas quand il rédige son ultime message destiné aux jeunesses du monde qui, 3 ans plus tard, s'affronteront sur les champs de bataille :
    "Athlètes, qui de vos mains ardentes, allez porter l'Olympie à Berlin, le flambeau symbolique, je veux puisqu'il m'est donné comme fondateur et présient d'honneur des Jeux Olympiques modernes, de vous adresser le premier la parole, dire en quel esprit ma pensée vous accompagne et quelle signification j'attache à vos efforts...
    Demandez pour moi à la jeunesse assemblée à Berlin qu'elle accepte l'héritage de mon travail et qu'elle achève ce que j'ai commencé, afin que soit scellée définitivement l'union des muscles et de la pensée pour le progrès et pour la dignité humaine."


    Pendant le durée des Jeux de Berlin, il n'y aura pas ouvertement de discrimination raciale ou religieuse.
    Cependant, dès 1933, le CIO avait failli remettre tout en question. En effet, de nombreux comité nationaux, notamment ceux des Etats-Unis et de la France, s'étaient émus du développement des idées nationales-socialistes et se montraient désireux de confier l'organisation des Jeux à une autre ville, non allemande.
    Le comte de Baillet-Latour, président du CIO, obtient une audience d'Adolf Hitler qui lui promet solennellement le respect de la charte olympique dès avant les Jeux.
    En juillet 1935 s'élève la voix de l'entraîneur d'athlétisme américain Dirk Templeton :
    "La plus condiante des âmes se refuse à croire désormais que les promesses faites par les Allemands au sujet de la non-discrimination seront tenues. La sagesse voudrait que la Fédération Internationale d'athlétisme interdise à ses ressortissants l'accès aux Jeux Olympiques de Berlin, ou mieux encore que ceux-ci soient confiés à une autre ville. Si l'Allemagne devait consever la privilège d'organiser les Jeux, c'est l'oeuvre entière de Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux modernes, qui serait remise en question et même ruinée."
    Là-dessus, Monsieur Avery Brundage, président du Comité Olympique américain, se rend en Allemagne pour se livrer à une enquête personnelle. Il revient en déclarant :
    "Il faut participer aux Jeux."
    Il faut, une fois encore, que le comte de Baillet-Latour revienne à la charge pour que la vague de protestation s'apaise.

    Ainsi avant même que les Jeux ne commencent, le IIIème Reich annexe l'olympisme comme il le fera bientôt de l'Autriche et de la Tchécoslovaquie.

    En ce 1er Août 1936, le temps est triste sur Berlin où toute la jeunesse du monde s'est donné rendez-vous.
    Goebels déclare aux journalistes étrangers présents à Berlin :
    "L'Allemangne ne nourrit que des intentions paisibles."
    A 14h, le stade olympique a déjà fait son plein de spectateurs, figés, disciplinés.



    A 16h, les brigades de la jeunesse hitlérienne viennent de défiler au pas cadencé sur la piste, quand Hitler pénètre dans le stade. Les fanfares sonnent et la "Marche d'hommage" de Richard Wagner retentit, tandis que le Führer gagne la loge présidetielle, accompagné du comte de Baillet-Latour, des membres du Comité d'organisation, ainsi que de Goebbels, Goering et Hess.



    Les drapeaux des 53 nations participantes sont hissés aux mâts avant que n'entrent dans le stade les délégations conduites par la Grèce.





    Surprise, les Français, en béret basque, l'air aussi peu martial que possible, obtiennent un énorme succès. Au passage devant la loge officielle l'équipe française fait le salut olympique ; la foule allemande croit qu'il s'agit du salut hitlérien et acclame les Français.
    Face aux 53 équipes assemblées, le docteur Lewald annonce alors qu'on va entendre la voix de Pierre de Coubertin. Courte allocution enregistrée sur un mauvais disque :
    "L'important aux Jeux Olympiques n'est pas d'y gagner, mais d'y prendre part ; car l'essentiel dans la vie n'est pas tant de conquérir que de bien lutter."
    Hitler déclare les Jeux ouverts, sans autre discours.
    Apparaît ensuite la flamme olympique, transportée d'Olympie par plus de 3000 athlètes. L'ultime relayeur est le champion allemand du 1500 m, Erik Schilgen qui entre dans le stade, effectue un demi tour de piste et aboutit devant la vasque olympique.





    Spiridon Louis, vainqueur du marathon olympique des premiers Jeux, porteur d'un rameau d'olivier, s'approche d'Hitler. Hélas ce message de paix sera bien vite oublié.


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