EPREUVES MARQUANTES

    Cette fois et contrairement à Saint Louis en 1904, des "athlètes de différentes fédérations" représenteront la France aux Jeux Olympiques de Londres.
    Londres, qui a obtenu les Jeux parce que l'Italie a dû se désister après l'éruption du Vésuve, prépare avec éclat cet événement.
    Sous l'impulsion de Comité Olympique Britannique, un énorme stade de 70 000 places a été érigé en 10 mois, dans un faubourg de Londres, Sherpherd's Bush. Il sera bientôt connu sous le nom de White City. Il comprend une piste cycliste de 666 m à l'intérieur de laquelle est inscrite une piste pédestre d'1/3 de mile (536 m) ; face à la tribune principale, une piscine de 100 m est creusée.
    Le cyclisme, l'athlétisme et la natation seront donc réunis en un seul et même endroit.
    22 pays ont reconnu l'importance de ces compétitions sportives ; et c'est à Londres que Pierre de Coubertin retrouve de nouvelles raisons de croire à l'idéal olympique qu'il a forgé.

    Les épreuves commencent en Avril 1908 et s'achèveront le 29 octobre de la même année, mais les grandes spécialités sont toutes concentrées en Juillet.
    Ces Jeux sont marqués par des innovations :
  • Pour la première fois les équipent défilent derrière leurs drapeaux (sauf la Finlande qui s'est refusée à arborer le pavillon de la Russie, sa suzeraine).
  • Les femmes sont admises à concourir, non pour des médailles, mais pour des diplômes.
  • Les sports de glace prennent place au programme.




CYCLISME



    En cyclisme, le Français ne sont guère épargnés par les juges. Maurice Schilles est disqualifié par deux fois alors qu'il avait manifestement gagné : une première fois sur le tour de piste (épreuve de vitesse) où il réalise une seconde de plus que le temps minimum imposé (1'10) ; et une seconde fois sur 1000 m ensuite, où sur une piste rendue glissante par la pluie, le Français réalise 1'45"4 et bat l'Anglais Jones. Le résultat de l'épreuve est annulée parce que Schilles a été trop lent de 4/100ème de seconde par rapport au temps imposé.
    Mais Schilles se remettra en enlevant la course du tandem associé à son compatriote Auffroy. Ainsi, le 17 Juillet, "la Marseillaise" retentit dans le grand stade.




ESCRIME



    Le 18 Juillet, Gaston Alibert est sacré champion olympique à l'épée.
    Pendant la compétition, Alibert a fait preuve d'une virtuosité désarmante pour ses adversaires. Il a joué de son poignet, que l'on dit à la fois d'acier et de caoutchouc, pour exécuter ses rivaux avec un mélange de rare sang-froid et de classicisme étonnant.

    La victoire française est totale en escrime puisque Lippman et Olivier enlèvent l'argent et le bronze. Alibert, Lippman et Olivier remporteront également le titre dans la compétition par équipe.




NATATION



    La natation est marquée par une cascade de records mondiaux, notamment ceux du 100 m par l'Américain Charles Daniels qui, en 1'55"6, devance le Hongrois Zoltan Holmay, héros des Jeux de Saint Louis.



AVIRON



    En aviron, le Royaume-Uni truste les titres ; mais la victoire est facile : les Américains, faute de crédits, ne se sont pas déplacés. Les finales sont donc purement britanniques.



ATHLETISME



    En athlétisme, un jeune Français âgé de 19 ans, Jean Bouin, figure fort bien dans les éliminatoires du 1500 m. Il a, en effet, terminé 2ème de sa série en 4'17" derrière le recordman du monde Wilson. Il réalise également le meilleur temps des séries du 3 miles (environ 5000 m) en 14'53" devant les vedettes américaines Eisele et Trube.
    Malheureusement, la formation française l'élimine des compétitions pour indiscipline après avoir passé la nuit au poste de police en état d'ivresse.

    La France n'a guère d'autres occasions de briller en athlétisme.
    Géo André manque cependant de peu de provoquer une retentissante surprise. Il joue les trouble-fête au saut en hauteur où il n'a pourtant jamais fait mieux que 1,79 m.
    Mais, dans ce concours olympique, André réussi successivement 1,80 m, 1,83 m, 1,85 m puis 1,88 m. Il ne reste plus que quatre concurrents en lice quand la barre est placée à 1,90 m : l'immense Américain Porter, le vétéran irlandais Con Leahy, âgé de 34 ans et recordman d'Europe depuis 10 ans avec 1,95 m, le Hongrois Istvan Somodi et le jeune inconnu français.
    A 1,90 m, Porter passe au premier essai. Les trois autres ratent. A le deuxième tentative, personne ne réussit. Au troisième et dernier essai : Leahy et Somodi ratent nettement. André, d'un calme imperturbable, vient toiser la barre, retire la terre agglutinée autour de ses pointes, se recule, se concentre, s'élance, passe la barre en ciseau et retombe de l'autre côté. Il lève les bras en signe de triomphe, mais la barre tombe au bout de quelques secondes.
    André, dont la carrière ne prendra fin qu'en 1924, terminera cependant 2ème de l'épreuve. Ce sera l'unique médaille des Français en athlétisme où les Américains et les Anglais se partagent les lauriers : 16 victoires pour les Etats-Unis, 8 pour la Grande-Bretagne.

    Les Américains n'empêchent pourtant pas un Sud-Africain de 19 ans, Reginald Walker, de remporter le 100 m en 10"8 devant le champion des Etats-Unis James Rector et le Canadien Robert Kerr.
    L'Afrique du Sud remporte donc sa premiète médaille d'or de l'histoire.

    Sur 200 m, c'est un pompier canadien d'origine irlandaise, Robert Kerr, qui impose sa supériorité.

Robert Kerr

    Le javelot, qui fait son apparition aux Jeux, est doublement le domaine des Nordiques, en style classique comme en style libre. Le Suédois Eric Lemming, qui s'est classé 4ème en hauteur et à la perche en 1900 à Paris, triomphe deux fois avec des jets de 54,83 m en style classique et 54,44 m en style libre (épreuve supprimée).

    Le roi de ces Jeux est pourtant un Américain Mel Sheppard qui est couronné trois fois : dans le 800 m, le 1500 m et le relais "olympique" (200m + 300m + 400m + 800m). Sheppard est le grand coureur de ces Jeux ; il domine avec classe le demi-fond mondial.
    Sur 800 m, après être passé à mi-course en 53", il se détache bientôt irrésistiblement, poursuivi par l'Italien Emilio Lunghi et termine exténué, mais radieux, en 1'52"8, nouveau record mondial.
    Sur 1500 m, Sheppard l'emporte au sprint devant Harold Wilson.

    Mais la Grande-Bretagne remporte également de nombreuses victoires grâce à George Larner qui remporte l'épreuve de marche et Arthur Russell qui gagne le steeple-chase.
     Le 3 miles par équipe revient également à la Grande-Bretagne.Dans cette épreuve, Joe Deakin emmène ses camarades Robertson, et Coales vers un succès retentissant en réalisant 14'35"6.

    Les haies, les sauts, hormis le triple saut, qui revient au britannique d'origine irlandaise Timothy Ahearne, reviennent aux Américains.

    Sur 110 m haies, Forrest Smithson gagne en 15" et bat le record du monde.

    Le 400 m haies est disputé cette fois sur des haies de 91 cm de haut et non sur 76 cm comme lors des Jeux de 1904. C'est Charles Bacon qui établit lui aussi un nouveau record du monde en 55".

    En longueur, Franck Irons fait la différence avec ses adversaires : il franchit 7,48 m devant le sprinter Daniel Kelly 7,09 m.

    A la perche, deux Américains n'arrivent pas à se départager. Après un interminable barrage, Edward Cooke et Alfred Gilbert montent sur la plus haute marche du podium avec un bond de 3,71 m.

    Ray Ewry remporte pour sa part ses septième et huitième médailles à la hauteur et à la longueur sans élan. A 35 ans s'achève ainsi, dans le triomphe absolu, la carrière de ce champion hors pair.

    Ralph Rose au poids, Martin Sheridan au disque à l'antique et en style moderne confirment eux aussi leur supériorité.

    Au marteau, John Flanagan, longtemps menacé par Matt McGruth, établit un record qui ne sera battu qu'en 1968. Il remporte un troisième titre olympique consécutif dans la même spécialité.

    Mais il faut également raconter ce que furent les deux "scandales" athlétiques des Jeux de Londres, le 400 m et le marathon.
    Le 400 m, couru en ligne, oppose un Britannique Wyndham Halswelle qui a réalisé le meilleur temps des demi-finales en 48"4, à trois Américains Carpenter, Taylor et Robbins.
    Halswelle, qui devait trouver la mort sur le front français en 1915, a décrit lui-même l'incident qui amènera une modification des règlements :
    "Je n'avais pas essayé de passer les Américains jusqu'au dernier virage, réservant mes forces pour sprinter dans l'ultime ligne droite. A 120 yards (110 m) du but, j'attaquai donc Carpenter en passant à l'extérieur car l'Américain, bien que s'étant écarté de la corde, n'avait laissé entre Robbins et lui qu'un très étroit passage. Carpenter écarta son coude droit et vint heurter violemment ma poitrine, au moment précis où j'allais le passer. A 40 yards (36 m) du fil, je vis les officiels lever les mains. Je compris que la course allait être annulée et coupai volontairement mon effort".
    Carpenter termine premier, largement détaché en 47"8, mais il apprend aussitôt qu'il est disqualifié. Les juges décident alors de donner une seconde chance à Halswelle et aux deux autres Américains qui n'ont pas gêné l'Anglais.
     Par solidarité avec Carpenter, Taylor et Robbins refusent de se rendre au départ le surlendemain pour une nouvelle finale, courue en couloirs, marqués par des cordes. Halswelle s'élance seul et boucle son tour de piste en 50".

    Le marathon prend fin lui aussi dans la confusion. 56 coureurs ont tenté l'aventure qui doit les mener du château de Windsor au stade de White City, sur une distance de 42,195 km. Parmi eux se trouve un Italien peu connu, pâtissier de son état, qui a gagné quelques semaines auparavant, les 30 km de Paris. Il s'appelle Dorando Pietri.
    Pendant 35 km, on croit à la victoire du Sud-Africain Charles Hefferson, qui compte jusqu'à 4 minutes d'avance. Mais à 6 km du but, Hefferson est victime d'une grave défaillance. Derrière lui, à un kilomètre, alerté par les suiveurs, Dorando Pietri a réagi. Il reprend rapidement du terrain à son rival qu'il rejoint au 41ème kilomètre et le lâche aussitôt. Mais Pietri a lui aussi présumé de ses forces. A 70 m du but, il s'affale. Deux médecins se précipitent pour le secourir ; mais il se relève et reprend sa course. 20 m plus loin, il tombe à nouveau, mais il se redresse encore. Il lui reste 15 m à parcourir pour atteindre le fil. A cet instant précis, le stade tout entier s'est levé pour saluer l'entrée de l'Américain John Hayes. Pietri, assomé, gît sur le sol. Autour de lui deux hommes, un juge et un journaliste se penchent sur l'Italien, lui tapotent le visage, le soulèvent , le remettent sur ses jambes et l'accompagnent presque jusqu'au fil. Pietri passe la ligne en vainqueur et en vaincu.
     Les Américians portent plainte, Pietri est disqualifié pour avoir profité d'un aide extérieure et Hayes, âgé de 19 ans, se voit décerner la médaille d'or.
    Le lendemain, Pietri se verra remettre une coupe en or identique à celle du vainqueur.



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