La Californie et Los Angelès, qui ont la charge d'organiser les Jeux de la Xème Olympiade, constituent un havre de grâce dans le désert sans joie de la politique.
    Aux Etats-Unis, alors même que les délégations étrangères se concentrent à Los Angelès, la crise atteint son point culminant : 15 millions de chômeurs errent à la recherche d'une hypothétique embauche.
    La célébration des Jeux Olympiques ne sera en fait qu'une diversion, à travers les angoisses quotidiennes, avent que Roosevelt ne parvienne à redresser la barre en imposant son "new Deal".
    En dépit des difficultés que connaît l'Amérique, les 1200 participants étrangers, représentant 37 pays, ont l'impression d'effectuer une escale au paradis. Pour les Européens, le voyage qui revêt l'aspect d'une expédition au bout du monde, ajoute au dépaysement.
    La délégation française quitte le Havre le 4 juillet à bord du "La Fayette". La traversée dure 7 jours. Elle est suivie d'un séjour de 48 h à New-York, puis d'une halte à Washington. C'est ensuite l'interminable traversée en train des Etats-Unis, par une chaleur souvent écrasante.
    L'arrivée à Los Angelès, après 16 jours de voyage, est une sorte de délivrance.

    Le village olympique est bâti au sud de l'énorme cité.
    Jour et nuit, des policiers trottent autour du village olympique afin d'écarter les importuns.

    Le stade olympique a vu sa capacité portée de 75 000 à 105 000 places.

stade olympique de Los Angelès

    En ce 31 Juillet, c'est l'Amérique tout entière qui s'est donnée rendez-vous au Coliseum.
    150 chanteurs, 300 musiciens, sans compter les fanfares placées aux 4 coins du stade, font éclater le "Star Spangled Banner" quand apparaît dans la tribune d'honneur M. Charles Curtis, vice président des Etats-Unis, qui est accueilli par le comte de Baillet-Latour, président du CIO.

entrée des délégations lors de la cérémonie d'ouverture

    Seule fausse note : les organisateurs craignant des incidents, ont intercalé les Britanniques entre les Français et les Allemands, pour le défilé.

    Dans les gradins, séparés par des milliers de spectateurs, deux champions suivent la parade des athlètes et écoutent avec une indicible émotion Morgan-Taylor prêter le serment olympique. L'un c'est Paavo Nurmi, l'autre c'est Jules Ladoumègue.

    Jules Ladoumègue a été l'athlète n°1 des années 1930 et 1931. Après sa médaille d'argent acquise à Amsterdam, il a régné sans partage sur le demi-fond européen et mondial. Six records du monde ont accrédité sa réputation d'invincibilité et porté sa popularité au rang d'une institution.
    A la fin de la saison 1931, Ladoumègue apparaît sans rival, assuré semble-t-il des lauriers olympiques, plus que tout athlète.
    A cette époque, Ladoumègue court beaucoup et sans doute le plus souvent au cachet. C'est pourquoi la Fédération Française d'Athlétisme décide d'ouvrir une enquête.
    Peu de temps avant les Jeux de 1932, la Fédération Française d'Athlétisme reçoit de la Ligue de Normandie, copie d'un télégramme où il est dit que le secrétaire du Havre Athlétic Club va payer 6000 F pour que Ladoumègue honore leur réunion de sa présence. Une réunion a lieu devant le bureau du Comité directeur de la Fédération Française d'Athlétisme. Une confrontation est organisée le 4 mars 1932 entre les dirigeants du Havre Athletic Club et Ladoumègue, mais ce dernier ne se présente pas.
    Les 18 membres du Comité décident de disqualifier Ladoumègue à vie par 13 voix et 5 abstentions. Embarrassé, M Méricamp, secrétaire général de la Fédération Française d'Athlétisme, explique :
"S'il n'y avait eu que 10 chances sur 100 en faveur de Ladoumègue, nous les aurions exploitées. Si nous ne l'avions disqualifié, l'IAAF (Fédération Internationale d'Athlétisme Amateur) l'aurait fait à notre place."

    Alors que Ladoumègue est déjà une victime, Paavo Nurmi n'est encore que suspecté de professionnalisme quand il débarque à Los Angelès.
    A 35 ans, le fabuleux coureur finlandais n'a rien perdu de son prestige. Nurmi, pourtant, a depuis longtemps abandonné toute ambition sur moyennes et longues distances. Il reporte ses derniers espoirs sur le marathon.
    Mais Nurmi est suspecté de professionnalisme. La Fédération d'Athlétisme de Finlande le protège. Elle affirme que les accusations pesant sur le champion reposent sur de faux témoignages.
    Malgré tout, Nurmi n'est qu'un condamné en sursis.

    L'affaire Nurmi éclate un mois après que Ladoumègue ait été radié. Le 4 avril 1932, au congrès de Berlin, sur plainte de la Suède, l'IAAF somme la Fédération finlandaise de s'expliquer sur l'accusation suivante : Nurmi aurait reçu 60 000 F des organisateurs pour battre le record du monde des 2 miles, à Helsinki, en 1930.
    Les Finlandais répliquent en affirmant que toutes les accusation concernant Nurmi ne sont que de pures inventions.
    La Fédération allemande s'en mêle en révélant que Nurmi à touché des cachets importants dans des meetings en Allemagne. Ce que les Finlandais nient immédiatement.
    Les Etats-Unis, où pourtant Nurmi a effectué de nombreuses rencontres d'athlétisme, se refusent à prendre position contre le champion.
    L'IAAF se contente alors d'interdire à Nurmi toute participation aux compétitions internationales. Bien entendu, la Finlande ignare cet interdit et inscrit Nurmi dans le marathon de Los Angelès.

    Une ultime discussion a lieu sur place les 27 et 28 Juillet 1932. Devant le conseil de l'IAAF, les Finlandais maintiennent leur position malgré la divulgation d'un nouveau dossier émanant de Munich.
    Nurmi demeure suspendu, jusqu'à ce que le Congrès transforme cette peine provisoire en radiation définitive.

    Les Finlandais menacent de rentrer chez eux, puis décident de rester à Los Angelès avant de publier un "Livre Blanc" qui ne fait hélas pas revenir l'IAAF sur sa décision.


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