Les Jeux de la XXIIIème Olympiade ont été attribués, sans vote, en 1978 à la ville de Los Angelès.
    Les Soviétiques pouvaient-ils admettre, dans le contexte politique de cette période, de participer à ces Jeux Olympiques, et de favoriser ainsi l'image de marque américiane, celle de la libre entreprise, du capitalisme triomphant ?
    Il faut d'abord savoir que ces Jeux, bien que condiés à une ville, seront organisés par un comité privé : la municipalité ayant refusé d'engager la moindre dépense, le relais est pris, dès 1979, par un groupe d'hommes d'affaires difigés par Peter Ueberroth, P.D.G. d'une agence de voyage. Le pari ainsi engagé consiste à organiser les Jeux grâce à un financement interne, sans aide aucune de l'Etat de Californie ou de la ville de Los Angelès.
    Le budget, évalué à 500 000 000 de dollars, n'évoluera guère. Comparativement aux précédents Jeux, il est modeste : il est vrai que cette limitation des dépenses est due au fait que seront utilisés les nombreuses infrastructures en place, et que le comité d'organisation aura peu à bâtir. Le Coliséum, rénové, qui a abrité l'athlétisme en 1932, servira encor de cadre au premier des sports olympiques.
    Le village olympiques sera réparti entre 3 universités : Californie du Sud, Californie Los Angelès et Santa Barbara. On utilisera, le plus souvent possible, les sites existants, même s'ils sont très éloignés du centre historique de Los Angelès, même si les Jeux doivent se dérouler à l'intérieur d'un quadrilatère de 200 sur 120 km.
    Pour finances les Jeux, outre les droits de télévisions fixés à 225 000 000 de dollars, dont certains auront la charge de financer les installations à créer, notamment la piscine, qui sera celle de McDonald !
    Dès 1981, quelques mois après les Jeux de Moscou, tout est déjà mis en place ou presque, mais les prémices d'un nouveau boycottage, venant de l'est celui-là, se font également sentir.
    A Moscou, on évoque la commercialisation, le smog qui interdit tout effort de longue durée à Los Angelès, les distances, les transports, l'implantation des villages, l'antisoviétisme qui se développe. A part quelques périodes d'accalmis, tous les arguments seront bons pour tenter de nuire à l'image de Los Angelès.
    Au début de l'année 1982, les critques s'intensifient ; elles semblent résulter de la tension internationale créée par l'attitude de l'administration Reagan face au problème polonais. Washington a notamment étendu à 2 mois le gel de la somme que doit payer le N.B.C. à Moscou, pour le contrat avorté des Jeux Olympiques de 1980.
    Au fil des mois, ce sera l'inéluctable escalade, ponctuée de rpises de position que ni le C.I.O., ni Washington, ni le L.A.O.O.C. ne prennent suffisamment au sérieux.

    En septembre 1982, Sergey Pavlov, ministre des Sports de l'U.R.S.S. déclare :
    "Les risques sont grands de voir la charte olympique mise en cause par les Américains."

    En Janvier 1983, Jaun Antonio Samaranch réunit les Comités olympiques nationaux à Los Angelès ; les attaques viennet cette fois de la R.D.A., en la personne de Manfred Ewald, président du C.N.O. de l'Allemagne de l'Est :
    "Nous sommes contre des Jeux open où l'emprise du professionnalisme et du mercantilisme détruiraient l'idéal olympique."
    L'U.R.S.S. prend le relais avec encore plus de vigueur, quand Marat Gramov, membre du Comité central du Parti Communiste soviétique remplace M Smirnov à la tête du mouvement sportif du l'U.R.S.S.
    En Février 1983, on passe à un stade qui devient inquiétant. Victor Avonine, vice-président du C.N.O. d'U.R.S.S., écrit dans le très officiel "Sovietzky Sport" :
    "Des effots ont été entrepris afin d'ouvrir les Jeux Olympiques aux professionnels (football notamment)..."
    Le C.I.O. reste de marbre, qui entend faire passer la réforme de ce que l'on était convenu naguère d'appeler l'amateurisme, et qui n'existe plus guère aus dans les textes de certaines fédérations internationales.
    Mais, les instances olympiques, qui offrent 26 000 000 de francs (environ 4 000 000 d'euros) à Los Angelès, afin de permettre au plus grand nombre possible de C.N.O. de participer aux Jeux, ne sont ni au bout de leurs peines, ni au bout de leurs surprises.
    Alors que les plaintes soviétiques se sont multipliées, une délégation soviétique, conduite par Marat Gramov, se rend, en décembre 1983, à Los Angelès, pour examiner tous les problèmes en suspens, en compagnie du L.A.O.O.C. et du C.I.O.
    On retombe de haut quand, dès janvier 1984, les critiques émanant de l'U.R.S.S. reprennent de plus belle ; elles sont, cette fois, tous azimuths et touchent non seulement à l'éthique des Jeux mais aussi à la sécurité.
    Le processus de boycott est lié à l'installation en Europe des fusées Pershing, répondant au déploieemnt des SS 20 soviétiques.
    L'avenir des Jeux n'appartient plus au C.I.O. lui-même : il est l'otage des super-puissances.
    Le 12 Avril 1984, le C.N.O. d'U.R.S.S. demande une révision d'urgence de la Commission exécutive du C.I.O. "afin d'examiner les dificultés nombreuses qui mettent en couse la participation de l'U.R.S.S.". Le C.I.O. s'active, Washington produit toutes les garanties nécessaires, même si dans certains domaines, notamment celui des visas et de la libre-circulation des charters, le département d'Etat continue d'avoir, parfois, une attitude ambiguë. Le ton monte encore à Moscou, quand le délégué olympique soviétique est récusé par le F.B.I. : il serait un agent du K.G.B.
    Et, c'est un véritable ultimatum qui est aressé au président Samaranch, le 10 Avril, à environ 100 jours de l'ouverture des Jeux.
    Le C.N.O. soviétique développe avec beaucoup d'âpreté ce qu'il appelle la campagne anti-soviétique menée par les milieux réactionnaires américians composés d'hommes politiques, d'émigrés dt de groupes fanatiques. Il n'st toujours pas question de boycottage, mais on sent que la détermination des dirigensts du Kremlin est dénà sans recours.
    Quand le 25 Avril s'engage à Lausanne, entre MM. Samaranch, Gramov et Ueberroth, le sommet de la dernière chance, on devine, aux conclusions présentées à la presse, que rien n'est dénoué.
    Le président du C.I.O. décide alors de se rendre à Washington pour obtenir du président Reagan une nouvelle lettre de garanties, qui répondrait avec précision aux demandes soviétiques.
    Le 8 mai, il est sur le point de prendre l'avion, à New York, à destination de Washington, quand on l'informe du "niet" qui veint de tomber sur tous les télescripteurs du monde.
    "L'U.R.S.S. ne participera pas aux Jeux Olympiques de Los Angelès." Nous sommes le 8 mai 1984, jour anniversaire de la victoire sur le nazisme.

    On sait que cette condamnation de Los Angelès vient de loin, et qu'elle est purement politique, même si elle charche à se justifier par des principes de non-discrimination et de sécurité.
    Il y a certes des risques de manifestation à Los Angelès, mais ils sont inhérents à la démocratie américaine ; il existe bien sûr une tension permanante entre l'Est et l'Ouest, aggravée par les récentes mutations intervenues au Kremlin, à la suite du décès de M. Andrpopv et de l'arrivée au pouvoir de M. Tchernenko, et par la perspective de prochaines élections américaines. De surcroît, en terre américaine, les Soviétiques ne peuvent se permettre, au plan de la propagande, de faillir à leur réputation.
    Triomphateurs à Moscou, peuvent-ils cette fois subir l'affront d'un écher global face aux Etats-Unis, voire à la R.D.A. ? Toutes ces hypothèses s'additionnent ; elles débouchent sur une évidence : l'U.R.S.S. ne reviendra pas sur cette décision, en dépit des tentatives désespérées de Samaranch qui se rend à Moscou, sans pouvoir être reçu par un responsable de haut niveau.
    Les sportifs sont ainsi contraints de s'aligner sur le diktat du Politburo, offrant au monde l'illusion de leur libre arbitre et de leur responsabilité qui est nulle. En procédant ainsi, en laissant au Comité Olympique soviétique le soin d'annoncer la non participation, on donne l'impression de se maintenir dans la légalité sportive. La seule surprise de ce processus sera la lenteur de la réaction des autres démocraties communistes : la Bulgarie la première, emboîte le pas, imitée par la R.D.A. ; puis, il faudra attendre plusieurs jours avant que la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hongrie et Cuba se joignent à l'U.R.S.S. En revanche, la Roumanie tient bon, et déclare qu'elle ira aux Jeux.
    Ainsi, fin mai 1984, le rideau de fer est baissé sur la scène olympique. Les Jeux auront lieu, mais ce seront, comme ceux de 1980, des Jeux incomplets.
    Alors que les délégations se mettent peu à peu en place dans les villages ou les hôtels qui leur ont été assignés, on note que de nombreux observatuers soviétiques, ou originaires des pays de l'Est, se sont joints aux membres des Fédérations internationales.
    Le principal paradoxe de ces Jeux de la XXIIIème olympiade c'est que l'on contraint les sportifs à boycotter, mais que les dirigeants sont bien là qui ne tiennent pas à perdre leurs privilèges, ni leur droit de regard sur une institutions qu'ils ont contribué à affaiblir, voire à détruire.
    Hongrois, Tchécoslovaques, Polonais reconnaissent ainsi que la décision de Moscou, prise le 8 mai, à provoqué un véritable traumatisme au sein des pays satellites et parmi les champions qui se sont vus privés du principal moyen d'expression dont ils disposaient : la liberté de leurs mouvements et de leurs corups, à défaut de la liberté de leurs âmes.

    Ce n'est pas un hasard si, par deux fois, on décida d'organiser les Jeux à Los Angelès, selon des méthodes d'ailleurs similaires. Car, dès 1938, la part de l'entreprise privée y fut prépondérante. Elle devait être exclusive en 1984, à l'exception d'une aide du gouvernement fédéral en matière de sécurité.
    Depuis 1932, la cité de Los Angelès a beaucoup changé.
    Grande comme la moitié de la Belgique, l'agglomération compte plus de 12 000 000 d'habitants, et s'étend, du nord au sud, sur une distance d'environ 120 km et, de l'est à l'ouest, sur environ 100 km !
    La décentralisation des sites, cette énorme étendue sur laquelle vont se dérouler les épreuves seront l'une des caractéristiques des Jeux de Los Angelès, dont on se demande si le "remake" sera supérieur à l'original.
    Los Angelès vit avec son temps, et occulte peu à peu les mirages du passé. Dans cette mégapole tournée vers l'avenir, les Jeux Olympiques, c'est un événement à prendre en passant, comme une sorte de fête nationale où les Américains seront capables de démontrer leur supériorité aux autres pays de monde. Cette idée et cette éventualité ne pouvaient que déplaire aux Soviétiques auxquels le triomphe de Moscou était par avance refusé.

    Los Angelès, en ce jour de grâce du 28 Juillet 1984, accueille ainsi la jeunesse du monde, ou du moins celle qui a pu, ou voulu partiger un bien commun dans le cadre impressionnant du Coliseum où, 52 ans plus tôt, eut lieur la cérémonie d'ouverture des Jeux de 1932.
    Le quartier du Coliseum est devenu celui de la communauté noire et d'une partie de celle des Mexicains.
    Ville fascinante, et pourtant ville sans personnalité, Los Angelès semble dissoudre sa propre exxence dans les méandres d'une croissance dont elle n'a jamais été maîtresse. Pour la seconde fois, voilà qu'elle connaît la ruée vers l'olympisme.

    140 comités olympiques ont délégué quelques 8000 athlètes, grâce, en partie, aux efforts financiers consentis par le C.I.O., qui a pris en charge le déplacement et le séjour de 6 athlètes par C.N.O. L'afrique et le Tiers-Monde ont répondu en masse.



    Et, si l'on dénombre 17 pays boycotteurs, dont l'U.R.S.S. et la R.D.A., géants des Jeux Olympiques de Moscou, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Bulgarie, Cuba, l'Ethiopie, la Corée du Nord ; en revanche, la Roumanie, qui a fait sécession du groupe de l'Est, et la Chine populaire sont bien là.

    L'envoûtement joue à plein, en cette fin d'après-midi radieuse, face aux 92 000 spectateurs qui se sont entassés dans les gradins du Coliseum, et, devant les centaines de millions de télespectateurs qui confondent le jour et la nuit.
    Peter Ueberroth, président du Comité d'organisation, dira, en quelques phrases bien senties, que cette cérémonie d'ouverture somptueuse est d'abord l'expression de la fierté d'un pays qui croit à son identité et à son étoile.
    Spectacle digne d'Hollywood, mais aussi message d'amitié et de compréhension mutuelle.

La cérémonie d'ouverture a jonglé entre passé et avenir.


    Cet énorme rassemblement ne fait cependant pas oublier pleinement les absents comme le rappelle Juan Antonio Samaranch, président du C.I.O. :
    "Nos pensées vont vers les athlètes qui n'ont pas pu se joindre à nous."

    La Roumanie, qui a délégué plus de 200 athlètes, est acclamée comme elle ne fut jamais aux Jeux. La Chine populaire, qui effecute son retour aux Jeux d'été aprus 28 ans d'absence, est saluée avec enthousiasme, comme une sorte d'invité d'honneur.
    Quand le soleil se couche, derrière les hautes tribune de béton, une autre lumière va inonder le stade : celle de la flamme olympique portée, tout au lond du dernier tour de piste, par Gina Homphill, petite fille de Jesse Owens, qui transmet le flambeau à Rafer Johnson, dernier récipiendaire, dont le nom a été tenu secret jusque dans les dernièrs minutes. Le champion olympique du décathlon de Romme accomplit ainsi le geste sacrementel et doublement symbolique qui marque l'ouverture des Jeux.



    Du haut du Coliseum, derrière une cage de verre, Ronald Reagan annonce au monde que les Jeux de la XXIIIème olympiade sont ouverts.



    Edwin Moses, autre héros américain, prononce le serment olympique, et bredouille d'émotion. Quand résonne une chanson interprêtée par Vicki McClure "Touch somebody's hand", le grand vaisseau du Coliseum chavir dans la joie et dans la fraternité.


RETOUR JEUX OLYMPIQUES D'ETE EPREUVES MARQUANTES ATHLETISME

IMAGES DES JEUX OLYMPIQUES DE LOS ANGELES