Voici donc Mexico, à 2250 m d'altitude dans la Sierra Madre, surveillée par le fameux volcan Popocateptl.

    Depuis 1963, date à laquelle Mexico a été choisie pour les Jeux Olympiques de 1968, que d'encre et de salive ont coulé !
    "Non seulement beaucoup de résultats vont être faussés à Mexico du fait de l'altitude, mais on risque d'avoir à déplorer des accidents cardiaques sérieux."
    Face à ces premières déclarations, les Mexicains vexés se cabrent.
    Plus les médecins se sont attachés à prouver que l'altitude avait sur l'organisme des effets précis et scientifiquement mesurables, plus les Mexicains ont répondu vertement que l'altitude était un mythe.
    Les Mexicains refusent absolument d'admettre que le hiérarchie du demi-fond sera bousculée par l'altitude:
    "Le demi-fond se courra moins vite qu'en plaine, mais les meilleurs gagneront." disent-ils.

    Jamais les Jeux Olympiques n'ont fait autant parler d'eux depuis que la ville de Mexico a été choisie.
    "Nous affirmons solennellement que les Jeux Olympiques se dérouleront dans des conditions techniques parfaites."

    Très loin du centre ville, le "Village" près du Stade, dresse les tours de ses HLM au coeur d'une éclatante verdure.

    Le stade de football, le fameux stade Aztèque, aux 110 000 places couvertes est une splendeur.



    Le 3 octobre, la place des Trois Cultures vient d'être le théâtre d'une émeute terminée d'une manière atroce.
    On parle de 40 morts ; mais en fait, il y en a eu 300...
    Côté Jeux Olympiques, on a craint un moment le report de la cérémonie d'ouverture qui doit se dérouler le 12 octobre.
    Mais M Brundage déclare:
    "Les jeux de la XIXème Olympiade, cet amical rassemblement de la jeunesse du monde, dans une compétition fraternelle, se poursuivront comme prévu.
    La ville de Mexico est une énorme métropole de plus de 6 000 000 habitants ; et aucune des démonstrations ou des scènes de violence survenues ici n'a, à aucun moment, été dirigée contre les Jeux Olympiques.
    Nous nous sommes entretenus avec les autorités mexicaines et nous avons eu l'assurance que rien n'empêchera, le 12 octobre, l'entrée pacifique sur le stade de la Flamme olympique ni le déroulement des compétitions qui suivront.
    Etant les hôtes de Mexico, nous avons une complète confiance que le peuple mexicain, universellement connu pour sa sportivité et sa grande hospitalité, s'unira aux participants et aux spectateurs afin de célébrer les Jeux, véritable oasis dans notre monde troublé."


    L'opinion générale des sportifs, qu'ils soient de l'Est ou de l'Ouest, du tiers monde ou des pays développés est la suivante :
    "Si on nous laisse concourir, nous concourrons sinon nous rentrons chez nous, c'est aux Mexicains de décider.
    Si les étudiants avaient voulu s'en prendre aux Jeux et aux athlètes c'était facile, on entre au Village comme dans un moulin."


    Les athlètes Noirs américains pourtent sur le revers de leur veston ou sur leurs chapeaux un imposant macaront portant l'inscription :
    "Projet olympique pour les droits humains." (Olympic project for human rights.)
    Ce macaron est aussi fièrement arboré par une large majorité des athlètes blancs de l'équipe des Etats-Unis qui se sont solidarisés avec leurs coéquipiers de couleur.
    La signification de l'inscription, fournie par John Carlos, détenteur du record du monde du 200 m et Ralph Boston, corecordmand du monde du saut en longueur, est un clair avertissement aux dirigeants olympiques et aux leaders politiques américains :
    "Nous n'allons pas boycotter ou saboter les jeux pour protester contre le racisme et la discrimination aux Etats-Unis, comme il en avait été fortement question au début de l'été.
    Nous coopérerons avec l'équipe, mais nous réaffirmerons pendant les Jeux, noutre position contre l'injustice envers les Noirs."


    Jamais les Jeux Olympiques n'ont échappé à leur époque, mais jamais ils n'y ont autant baigné que ceux de Mexico.

    Les Noirs américains remuent de plus en plus. Le mercredi 9 octobre, brusquement, dans l'après-midi, une grande partie de leur délégation est entrée dans le bâtiment où sont logés les représentants de l'Afrique Noire, du Sénégal en particulier. Les Américains ont demandé aux Africains de leur échanger ou de leur donner à tous des vêtements typiquement africains. Les Africains, surpris et ravis, leur ont donné beaucoup de choses : en quelques instants les Noirs américains ressemblaient à ceux que l'on peut voir dans une rue de Dakar ou de Brazzaville, sous l'oeil attendri de l'entraîneur Stan Wright.
    Désormais, la plupart des Noirs américains se promènent dans le Village en arborant ostensiblement des vêtements typiquement africains.
    "Il est nécessaire que les Noirs d'Amérique trouvent leur identité vraie, comme l'on trouvée les peuples africains. Tous les Noirs du monde doivent maintenant de plus en plus, tous s'identifier et se soutenir." dit le sprinter Pender.
    Pender et Carlos, entre autres, semblent très "remontés".
    "Nous manifesterons certainement d'une façon ou d'une autre." ajoute Pender.

    Jamais il n'y a eu autant à écrire sur des Jeux Olympiques avant même qu'ils ne commencent.

    Qu'elle est belle dans son maillot blanc, la brune Enriqueta Basilio, porteuse de la flamme olympique !

  Enriqueta Basilio Sotelo entre sur le stade en brandissant le flambeau olympique.

    Enriqueta est la grande vedette de ce jour. Mais, côté messieurs, le porte-drapeau de la Mongolie, vêtu simplement de sandales, d'un slip et d'une fastueuse cape, se taille lui aussi un fameux succès populaire.

    Les Jeux les plus menacés de l'histoire peuvent enfin commencer.


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