EPREUVES MARQUANTES

    Célébrant le 100ème anniversaire du rattachement de la ville et de la Louisiane à l'Union américaine, Saint-Louis, en même temps qu'elle prépare une Exposition Universelle, a l'idée de déposer sa candidature à l'organisation des IIIème Jeux Olympiques. Or, en mai 1901, à Paris, le CIO a désigné Chicago à l'unanimité.
    Saint-Louis menace donc d'organiser ses propres Jeux, à grands renforts de dollars. Théodore Roosevelt, qui vient d'être élu président des Etats-Unis intervient auprès du CIO pour qu'une scission fatale ne se produise pas. Le transfert en faveur de Saint-Louis est donc décidé en 1902.
    Les Jeux Olympiques survivent donc, mais Coubertin, lui-même, ne leur accorde qu'une attention minime. Il reste d'ailleurs en Europe, pressentant l'échec de l'universalité de ces Jeux, qui sont à nouveau accolés à une entreprise commerciale : l'Exposition Universelle.
    64 champions étrangers, dont pas un seul Français, représentant 10 nations, effectuent le lointain déplacement à Saint-Louis. Il faut, en effet, 11 jours de bateau pour traverser l'Atlantique et 40 heures de chemin de fer pour gagner la capitale du coton.
    Les épreuves s'étendent sur 4 mois, du 1er Juillet au 29 octobre ; elles couronnent 390 vainqueurs dont 88 seulement seront officialisés par le CIO.




ATHLETISME



    Les compétitions sportives ne sont pas épargnées par les scandales.
    Le marathon reçoit les éclaboussures de l'énorme tricherie de l'Américain Fred Lorz. Cette course voit 31 concurrents s'affronter sur 40 km, sur des chemins poussiéreux, à travers des collines au dénivelé supérieur à 100 m et par une chaleur caniculaire. Lorz, après être demeuré pendant une dizaine de kilomètres dans le peloton de tête, s'arrête soudain au bord de la route, victime de crampes. Lorz monte alors dans la voiture d'un automobiliste compatissant. Il double les concurrents, puis à 8 km du but, Lorz demande au conducteur de le laisser descendre, affirmant qu'il se sent mieux. Il termine à pied et pénêtre dans le stade sous les acclamations de 2000 spectateurs enthousiastes. La comédie dure 10 bonnes minutes, jusqu'à ce qu'un 2ème athlète, Thomas Hicks, un Anglais concourant pour les Etats-Unis, entre en titubant dans le stade. Il est accompagné par un officiel qui accuse Lorz : "Je l'ai vu monter dans une voiture ; il ne peut pas avoir gagné".Tandis que Hicks, évanoui, gît sur le sol, on reconnaît l'imposteur. Lorz sort sous les huées ; il sera disqualifié à vie.
    Mais le véritable vainqueur ne vaut pas mieux que le faux si on en croit le récit de son entraîneur, Charles Lucas :
    "A une dizaine de kilomètres du stade, Hicks fut victime d'une grave défaillance. Je décidai alors de lui injecter 1 mg de sulfate de strychnine et de lui faire boire une bonne rasade de cognac. Il repartit tant bien que mal et il fallut avoir recours à une seconde injection, à 6 kilomètres du but, pour que Hicks reprenne un semblant de rythme de course et termine son parcours".

    En athlétisme, les Etats-Unis s'attribuent 22 épreuves sur 24 et 68 médailles sur 72. Les seuls titres qui échappent aux Américains sont ceux du poids de 56 livres (25 kg) et du décathlon.


Hicks à son arrivée du marathon Hicks après la course sous l'effet des drogues

Hicks avec ses trophés


    Le poids de 25 kg (épreuve supprimée) revient au Québecois Etienne Desmarteau, qui inflige une défaite inattendue au recordman du monde du marteau, John Flanagan et au spécialiste du jet de pierre John Mitchell.

    John Flanagan est une nouvelle fois couronné dans son épreuve de prédilection, le lancer de marteau.

    L'Irlandais Tom Kiely est vainqueur du premier décathlon officiel de l'histoire. Ce décathlon est très différent de celui que nous connaissons actuellement puisqu'il comporte le 100 yards (91 m), le lancer de poids, le saut en hauteur, les 800 yards marche (731 m), le lancer du marteau, le saut à la perche, le 110 mètres haies, le lancer de pierre de 35 livres (15 kg), le saut en longueur et le mile (1609 m).

    Quatre Américains remportent chacun 3 médailles d'or. Il s'agit de Hahn, Lightbody, Ewry et Hillman.
    Archie Hahn est le roi de la vitesse. Il remporte le 60 m en 7", puis le 100 m en 11" et le 200 m sans virage en 21"6.
    Dans la finale du 200 m les 7 coureurs sont des Américains. Tous, sauf Hahn, commettent un faux départ, ce qui leur vaut (tel est le règlement de l'époque) un handicap d'un yard (91 cm). Hahn n'a pas besoin de cet avantage pour imposer sa supériorité. Il l'emporte avec trois mètres d'avance sur Cartmell.

    James Lightbody est le prince du demi-fond. Le 29 août, il survole les obstacles du 2500 m steeple ; le 1er septembre, il gagne le 800 m en 1'56", puis le surlendemain le 1500 m en 4'54"4, nouveau record mondial.

    Ray Ewry, "l'homme-caoutchouc", déjà trois fois vainqueur à Paris en 1900, demeure le maître absolu des sauts sans élan : il ajoute trois nouvelles médailles à sa collection. L'incroyable aventure de cet athlète de 31 ans se poursuivra en 1908 à Londres.

    Sur 400 m haies, on enregistre un événement important : le premier médaillé noir des Jeux se nomme George Poage. Il se classe troisième de l'épreuve qui est gagnée en 53" par Harry Hillman. Ce dernier a déjà dominé le 400 m plat en 49"2 et il s'adjugera encore le 200 m haies.

    Deux victimes du 14 Juillet parisien de 1900 (voir JO de Paris), Prinstein et Dvorak, prennent leur revanche à Saint-Louis.
    Myer Prinstein conserve son titre au triple saut avec 14,35 m. Deux heures plus tard, il remporte la longueur avec 45 cm d'avance sur son suivant immédiat.

    Dvorak franchit 3,50 m au saut à la perche et devance son compatriote Samse (3,43 m). Dvorak tentera vainement 3,71 m.



    Martin Sheridan est champion du disque avec 39,28 m, au bénéfice d'un essai supplémentaire qui lui a été accordé : à l'issue du concours, il était à égalité avec le géant Ralph Rose.

    Rose se rattrape au poids, son véritable domaine. Avec 14,81 m, il établit son premier record mondial, qu'il améliorera progressivement jusqu'à 1909 pour atteindre 15,54 m.




NATATION



    Les étrangers dominent en natation : le Hongrois Zoltan Hormay gagne le 50 yards (45 m) et le 100 yards (91 m).

    L'Allemand Emil Rausch remporte le 880 yards (804 m) et le mile (1609 m) ; mais c'est l'Américain Dickey qui est le plus applaudi quand il parvient à couvrir en immersion l'incroyable distance de 19,05 m.




ESCRIME



    L'escrime voit la supériorité des Cubains, en l'absence des Français et des Italiens.



AVIRON



    L'aviron n'est qu'un vaste match inter-universités américaines, faute de concurrents européens.

    Pierre de Coubertin, à l'issue de ces jeux dit : "Deux aspects de ces Jeux doivent nous donner à réfléchir : le trucage et la mascarade".
    Paroles porphétiques s'il en fut qui gardent encore toute leur force aujourd'hui.


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